Vous avez dit HYDROMORPHIE ?

par Les insectiflores

Le Bazois (ou plaine pré morvandelle) au centre duquel est situé le Jardin du Rivage des Syrphes est défini comme une plaine argilo limoneuse aux sols souvent hydromorphes (voir  ''Département de la Nièvre : Résultats du troisième inventaire forestier (1996)'', Inventaire Forestier National, 2006). Si le caractère argileux de la terre du jardin est aisément vérifiable - et sur ce point le Jardin du Rivage des Syrphes répond à la définition -, qu'en est-il de son hydromorphie ? Mais qu'est ce au juste l'hydromorphie ?

L'anaérobiose : cause de l'hydromorphie

La vie de la flore bactérienne de la partie superficielle du sol est conditionnée par l'oxygène. Ces bactéries dépendant de l'oxygène contenu dans le sol sont dites aérobies. Lorsqu'un sol est asphyxié, l'activité de ces bactéries aérobies est inhibée et le sol passe en anaérobiose (caractères d'un sol privé d'oxygène).

Le Jardin du Rivage des Syrphes est marqué par un phénomène de battance : des périodes sèches alternent avec d'autres très humides. Parce que la terre est, de par sa nature argileuse, sujette au compactage en périodes sèches ou gorgée d'eau en hiver, les racines des plantes cultivées au Jardin du Rivage des Syrphes sont asphyxiées.

Cette analyse est corroborée par la présence sur le terrain du Jardin du Rivage des Syrphes du Rumex à feuilles obtuses. Comme nous l'avions signalé dans un article récent (‘Connaissez vous les plantes bio-indicatrices? '), cette plante indique une anaérobiose par engorgement en eau.

L'hydromorphie : conséquence de l'anaérobiose

Le rôle de la flore bactérienne aérobie consiste à transformer la matière organique en humus. Du fait de l'anaérobiose les matières organiques d'origine végétale ou animale ne sont plus correctement décomposées par ces bactéries. Ce dysfonctionnement induisant un déséquilibre du complexe argilo-humique dont dépend étroitement la fertilité d'un sol est qualifié d'hydromorphie.

La présence de la bardane (voir l'article ‘La Bardane, c'est pas sot ! ') dénote un excès de matière organique végétale qui, du fait de l'anaérobiose, n'a pas été dégradée par les bactéries aérobies. La grande berce (voir l'article ‘Connaissez vous les plantes bio-indicatrices? ') indique quant à elle un engorgement en matière organique animale. Le Jardin du Rivage des Syrphes illustre donc bien la notion d'hydromorphie.

Une décomposition incomplète ou imparfaite de la matière organique entraîne la libération et la production de substances ‘toxiques'. Le fer ferrique est signalé par l'ortie (Urtica dioca) et les nitrites par le développement de plantes dites nitrophiles (Bardane).Ces deux plantes sont effectivement représentées au Jardin du Rivage des Syrphes.

Les remèdes à l'anaérobiose

Disons le tout net, remédier à l'anaérobiose est impossible, on peut tout au plus la corriger en :

  1. Encourageant le travail des lombrics par l'apport de compost en surface. En effet, les vers de terre contribuent à aérer le sol et à limiter ainsi l'asphyxie des racines.
  2. Assurant la protection de la partie superficielle du sol en le paillant. Le paillage limite la formation d'une croûte à la surface du sol et son compactage en périodes sèches.
  3. Apportant du compost équilibré en matière organique végétale ‘carbonée' et animale azotée afin de pallier les engorgements en l'un ou l'autre de ces amendements. Au Jardin du Rivage des Syrphes, le apports en matière organique sont précédés ou accompagnés par des granulés de fumier bovin déshydraté de marque ‘Bovisol'. Ainsi l'azote et la potasse contenus dans ce dernier permet la dégradation complète des matières organiques végétales et d'éviter ainsi l'engorgement facteur d'anaérobiose.
  4. Pulvérisant sur le sol des préparations (purin, décoction, infusion, ...) à base de plante telles la bardane ou la consoude qui stimulera la vie microbienne aérobie du sol.
  5. Mélangeant du sable à la surface du sol afin de le décompacter et d'améliorer le drainage.
  6. Travaillant le sol lorsque celui-ci est ‘'ressuyé''.
  7. Bêchant le sol en surface (25 à 35 cm maxi) et non en profondeur de manière à ne pas enfuir les bactéries aérobies et bouleverser les couches biologiques du sol.
  8. Préservant les taupes dont les galeries contribuent à aérer le sol et à le décompacter.

 

‘Planter un arbre en sol difficile', propos de Jacques BARROUX recueillis par Rémy BACHER, Les Quatre saisons du jardin bio, n° 167, nov-déc. 2007 ; p. 28-29.

L'Encyclopédie des plantes bio-indicatrices, alimentaires et médicinales : guide de diagnostic des sols, Gérard DUCERF, 2ème éd., Ed. Promonature, 2007.

Le Monde des plantes de terre argileuse, Antoine Breuvart, Ed. du Rouergue, 2004.

 

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Pierre 24/11/2008 20:11

bonne idée ce blog, je reviendrai regulièrement apprendre de nouvelles choses!